Par Nicolas Bureau, Directeur de l’Institut Protéus (ex-Agriculture Cellulaire France)

 

Les protéines alternatives sont à un tournant. Au pic de la crise agricole, quelques acteurs ont pointé du doigt les steaks végétaux et autres dénominations traditionnellement utilisées pour les produits animaux, que des entreprises utilisent désormais pour qualifier des produits à base de protéines végétales. Dans une campagne qui vise juste, La Vie Foods rappelait que les consommateurs ne confondent pas crème fraîche et crème solaire, pas plus qu’allumettes pour allumer un feu et allumettes de porc. Ils ne se tromperont pas non plus en achetant un « steak de soja » avant de se rendre compte que ce n’était pas du bœuf. Aujourd’hui, l’avenir de l’agriculture est à un tournant qui dépend des élections.

 

Le rôle pivot des protéines alternatives

 

Ce qu’on voit aujourd’hui, c’est que les consommateurs veulent avoir du choix dans les rayons des magasins, les agriculteurs doivent pouvoir cultiver et vivre dignement de leur production, et les parents veulent léguer une planète saine à leurs enfants.

Or ces objectifs sont conciliables. C’est l’un des enseignements du récent rapport de Green Alliance, commandé par le Good Food Institute Europe, qui illustre la façon dont les investissements dans les protéines alternatives pourraient affecter l’utilisation des terres agricoles. En étudiant plusieurs scénarios avec différents taux d’adoption des protéines alternatives dans nos assiettes, il montre comment nous pouvons concilier respect du travail des agriculteurs et préservation de l’environnement.

 

Une réallocation des terres cultivées

 

En France, seulement 20 % des terres cultivées sont consacrées aux cultures que les citoyens français consomment directement, tandis que plus de la moitié est destinée au bétail. De plus, 9 millions d’hectares supplémentaires situés à l’étranger sont utilisés pour l’importation de produits destinés à l’alimentation humaine et au bétail : c’est une superficie supérieure à deux fois celle de la Suisse et une situation intenable.

Ce que montre le rapport, c’est que dans un scénario ambitieux d’adoption des protéines alternatives, la France pourrait se nourrir en utilisant moins de terres, et en les utilisant de façon plus durable. Plus de 16 millions d’hectares – soit la moitié de la surface cultivée en France – pourraient être alloués à l’agroécologie, à la production locale et à des zones dédiées à la restauration de la nature.

Par exemple, la proportion de terres consacrées à l’agriculture biologique pourrait plus que tripler, atteignant 37 % des terres cultivées contre 10,8 % actuellement. Dans le même temps, les terres agricoles libérées et consacrées à la restauration de la nature – près de 9 millions d’hectares – contribueraient à réduire les émissions nettes de carbone. Et il ne serait plus nécessaire d’importer des quantités massives de nourriture depuis l’étranger.

 

Une transition agricole, sociale et environnementale

 

Cette évolution sera source d’innovation sociale et gustative. Sur le plan social, les zones dédiées à la restauration de la nature seraient gérées par les agriculteurs pour le compte de l’Etat dans le cadre de ses objectifs de transition environnementale, ce qui leur apporterait un complément de revenu. Sur le plan gustatif, les protéines alternatives ne doivent pas être un renoncement ! Au contraire, de belles startups comme OLALA! et Fungu’it travaillent à rendre les protéines alternatives plus savoureuses, dans le respect de la tradition gastronomique française.

Le modèle agricole d’aujourd’hui est insoutenable. Les paysans souffrent de ne pas pouvoir vivre dignement de leur travail et l’élevage d’animaux destinés à l’alimentation oblige la France à devenir dépendante des autres pays pour ses importations alimentaires. Avec un coût pour la souveraineté nationale, pour la balance commerciale et pour l’environnement.

 

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