Agroalimentaire : en 2025, un marché des transmissions de PME plus sélectif après le rebond de 2024

Alors que le marché des cessions-acquisitions de PME recule de -12 % en 2025, le secteur agroalimentaire enregistre 39 opérations, soit une baisse de -24 % par rapport à 2024. Plus marquée que le repli global du marché, cette évolution doit toutefois être nuancée : après le rebond observé en 2024, le secteur revient à un niveau plus proche de sa moyenne historique.
Un marché sous pression, entre normalisation et fragilisation structurelle
Le rebond observé en 2024 résultait en grande partie d’un effet de rattrapage, plusieurs opérations ayant été différées durant la période de forte inflation des intrants entre 2021 et 2023. Ce stock s’est progressivement absorbé, ramenant le marché à des niveaux plus conformes à sa dynamique historique.
A cela s’ajoute une fragilisation structurelle du secteur. La balance commerciale agroalimentaire française, longtemps excédentaire, frôle désormais l’équilibre en 2025, avec des périodes glissantes pouvant basculer en déficit. Cette évolution pèse sur la confiance des acquéreurs, industriels comme financiers, et rend les arbitrages de valorisation plus complexes.
Un marché encore dominé par des logiques entrepreneuriales
Le profil des vendeurs confirme le caractère très entrepreneurial du secteur. Les actionnaires privés représentent 74 % des cédants en agroalimentaire, signe que les décisions de cession restent avant tout liées à des trajectoires individuelles : départs à la retraite, successions familiales ou arbitrages patrimoniaux.
Dans le même temps, les fonds d’investissement poursuivent leur montée en puissance côté vendeurs, avec 18 % des cessions. Côté acquéreurs, les sociétés non cotées demeurent prépondérantes avec 62 % des opérations, tandis que les fonds d’investissement progressent à 26 %, traduisant une sélectivité accrue plutôt qu’un désengagement du secteur.
Une dynamique de build-up encore limitée
Avec seulement 28 % d’opérations de build-up, l’agroalimentaire affiche l’un des taux de consolidation les plus faibles parmi les secteurs observés, très en deçà des services aux entreprises (57 %) ou des énergies et matières premières (50 %). Malgré sa progression par rapport à 2024, ce faible niveau illustre la prudence persistante des fonds d’investissement face à des marges encore sous pression et à des valorisations difficiles à arbitrer entre acheteurs et vendeurs.
Les logiques de consolidation sont pourtant bien présentes : face à une grande distribution qui se concentre, les fournisseurs industriels sont incités à atteindre une taille critique pour préserver leur rapport de force.
Un marché plus sélectif, porté par les segments à forte valeur ajoutée
Si l’année 2025 marque un net ralentissement en volume, la qualité des actifs cédés reste déterminante. Les segments du free-from, de l’alimentation fonctionnelle, du bio et des produits à forte valeur ajoutée continuent d’attirer l’intérêt des acquéreurs stratégiques et financiers, avec des multiples de valorisation soutenus. À l’inverse, les produits plus courants, les marques peu distinctives et les actifs insuffisamment différenciés peinent davantage à trouver preneur aux conditions souhaitées par les vendeurs.
Dans ce contexte, les entreprises capables de démontrer leur résilience opérationnelle, une gouvernance structurée et un positionnement clair sur des tendances de consommation durables continueront de susciter l’intérêt. Le marché pourrait se rouvrir progressivement à mesure que les conditions de valorisation retrouveront un point d’équilibre, porté notamment par le vieillissement des dirigeants de PME et les besoins de transmission qui en découlent.




