Face à l’urgence climatique, KEDGE Business School mise sur l’innovation AgriFoodTech
Il y a un an, KEDGE Business School lançait l’Incubateur AgriFoodTech en partenariat avec la Cité de l’agriculture et Inter-Made. Le programme, unique en région Sud, est dédié aux startups engagées pour une agriculture et une alimentation plus durable, ancrées dans leur territoire et ouvertes à l’innovation. KEDGE dresse le bilan de cette première promotion et annonce le lancement de la 2ème édition.
Pensé pour soutenir des projets à impact à la croisée de l’agriculture durable, de l’innovation sociale et de la technologie, l’incubateur AgriFoodTech a permis à une dizaine de startups implantées dans la région Sud d’expérimenter, se structurer et se développer, avec un accompagnement sur mesure pendant 12 mois.
Elles ont ainsi bénéficié d’un accompagnement combinant 100 heures de suivi individuel et 20 ateliers collectifs, spécifiquement conçus pour répondre aux enjeux de l’agriculture et de l’alimentation durable, comportant :
- Des échanges avec des spécialistes du secteur sur la gestion financière et des ressources humaines,
- Des conseils sur les levées de fonds, la stratégie de vente et le marketing digital,
- Des soutiens à la commercialisation, à la logistique, ou encore au développement à l’international.
Au-delà des fondamentaux entrepreneuriaux, le programme a proposé des ateliers techniques d’éco-conception, permettant aux projets de travailler concrètement sur la réduction de leur impact environnemental, le choix des matériaux, les procédés de production ou encore l’optimisation des cycles de vie des produits.
Les entreprises ont également pris part à des échanges privilégiés avec des financeurs spécialisés dans les projets industriels et agri-alimentaires, afin d’aborder des sujets clés tels que le financement de l’outil de production, les phases d’industrialisation ou le passage à l’échelle.
Enfin, l’accompagnement s’est appuyé sur des temps de networking ciblés avec des acteurs de l’écosystème AgriFoodTech (experts métiers, partenaires industriels, distributeurs, logisticiens), ainsi que sur des soutiens opérationnels à la commercialisation, à la structuration de la chaîne logistique et au développement à l’international.
Parmi les projets à impact accompagnés, 5 sont toujours actifs et ont permis la création de 12 emplois sur le territoire avec un chiffre d’affaires global, pour cette première année, qui s’élève à près d’un million d’euros :
– Restaurant Chaleur
Un lieu unique à Marseille qui conjugue cuisine bistronomique, solidarité et impact social. Ouvert en juin 2025, Chaleur emploie 8 salariés et propose une restauration responsable accessible à tous. Sa mission : lutter contre la précarité alimentaire, favoriser la mixité sociale et recréer du lien local. Le fondateur du lieu, Raphaël Raynard, a travaillé durant 15 ans au sein de cuisines professionnelles avant de se lancer dans la restauration solidaire.
Le restaurant élabore ses menus autour d’ingrédients récupérés et invendus auprès de producteurs locaux et distribue gratuitement environ 15% de ses repas. « Manger est le meilleur moment pour créer des liens. Nous en profitons comme prétexte pour rapprocher des personnes qui, autrement, ne se rencontreraient pas », explique Raphaël.
– Pépinière Mastoc
Née d’un double constat – la difficulté d’accès à des plants écologiques en ville et le besoin de transmission de savoirs –, l’association Mastoc propose une production locale de plants comestibles écoresponsables. Basée à Marseille, elle développe une véritable pédagogie urbaine autour du jardinage et de l’autonomie alimentaire, en tissant des liens entre habitants, écoles et collectivités.
Le projet a été conçu par Juliette, spécialisée en agriculture urbaine et Joséphine, experte en permaculture.
« En 2021 nous avons monté une “pépinière pilote” sur un espace temporaire. Dans cette petite serre, nous avons semé et entretenu des centaines de plants potagers d’aromatiques et de fleurs. Puis, nous les avons vendus dans des épiceries paysannes afin qu’ils soient replantés dans les jardins partagés et sur les balcons des Marseillais », expliquent-elles.
Le projet grandeur nature se développe au Grain de la vallée (un tiers lieu culturel et nourricier dans le 11ème arrondissement de Marseille). La startup produit ainsi, sans aucun intrant chimique, des plants adaptés au climat méditerranéen et à la culture en pot, en utilisant notamment des semences biologiques et reproductibles. En mettant en avant des variétés anciennes, méconnues et des herbes aromatiques atypiques, elle favorise la biodiversité végétale et la richesse des goûts présents dans la nature.
– Tisse Kombucha
Après avoir découvert le kombucha (boisson fermentée à base de thé), Bertrand et son cofondateur Sinclair ont lancé Tisse il y a deux ans. À l’époque, leur production se faisait encore dans la cave de Sinclair. Désormais portée par coopérative d’intérêt collectif, la startup connaît une forte croissance grâce à un modèle responsable, des ingrédients locaux et une démarche de mutualisation des moyens de production. Tisse est ainsi passée d’une fabrication artisanale à une production d’environ quarante hectolitres par an. La jeune fabrique de kombucha, présentée comme un « soda naturel », a investi près de 70 000 euros dans son développement et bénéficie désormais d’un grand espace lui permettant de structurer sa croissance.
Tisse brasse à Marseille un kombucha artisanal, naturel et peu sucré, positionné comme une alternative saine aux boissons alcoolisées et industrielles.
– Fayo
Avec ses produits végétaux bio à base de légumineuses, Fayo révolutionne l’assiette de la restauration collective. Créée par Laura Maindivide ingénieure agro-alimentaire, Arthur Thuet et Thibault Suty, entrepreneurs, la start-up veut développer la nourriture végétarienne qui produit 14 fois moins d’émissions carbone qu’un repas avec du bœuf.
L’entreprise vise essentiellement la restauration collective de la région et a ouvert son atelier de transformation des produits. Fayo commercialise déjà son premier produit « le Lingot » avec des pois chiches, des lentilles et du petit épeautre. En forte croissance, Fayo œuvre à relocaliser la filière des protéines végétales en Provence.
« Pour soutenir une agriculture plus durable, nous travaillons en bio et avons choisi de mettre à l’honneur les légumineuses. En effet, il est important que les agriculteurs en replantent dans leurs champs. En rotation avec d’autres cultures, elles fertilisent naturellement les sols ce qui en fait un pilier de la bio et de l’agriculture régénératrice. Le problème est que leur consommation a été divisée par 5 en 100 ans. En remettre dans nos assiettes c’est également promouvoir la consommation de protéines végétales, autre propriété magique des légumineuses puisqu’elles permettent de diminuer l’impact carbone de nos assiettes ».
– Ave Racine
Pionnière de « l’affinage végétal », Ave Racine sublime les légumes entiers pour créer des apéritifs fermentés gourmets, bio et sans additifs. C’est l’idée de la start-up du chef cuisinier Renoir Gilbert, notamment passé par le restaurant étoilé Nomicos, et par Jérémy Emsellem, président du marché bio à Saint-Victor (7ème Marseille).
Pensé comme un hommage à l’artisanat culinaire français, le projet mêle excellence gastronomique, nutrition et durabilité. Après une campagne Ulule réussie (140 000 euros), la startup ambitionne d’ouvrir une usine de charcuterie végétale et de distribuer les produits dans les restaurants et
magasins bio de la région. En prime, les fondateurs espèrent tisser un partenariat avec l’école hôtelière de Marseille.
Répondre à l’urgence climatique
Le lancement de ce programme est né d’un constat alarmant : la région marseillaise subit déjà les effets du dérèglement climatique. Avec une augmentation des températures de +2,1°C depuis 1900 selon le GIEC Sud, la région PACA s’expose à une intensification des sécheresses impactant l’agriculture traditionnelle.
Par ailleurs, plus de 18 % de la population vit sous le seuil de pauvreté à Marseille, tandis qu’un tiers de ce qui est produit est encore gaspillé.
| Lancement de la 2ème édition : les appels à candidatures sont ouverts
Fort de ses premiers résultats, l’incubateur a lancé sa 2e édition, avec un appel à projets. En plus d’être en lien avec l’agriculture ou l’alimentation durable, les startups devront également présenter une utilité sociale, un modèle économique validé ou être déjà en activité et prendre en compte les besoins et spécificités du territoire. Une dizaine d’entre elles seront sélectionnées par un jury composé de professeurs et représentants de KEDGE experts du sujet. |
Feyrouz Tripotin, Directrice adjointe Développement Entrepreneurial :
« Engagée et déterminée à faire bouger notre territoire, nous avons créé avec Inter-Made et la Cité de l’Agriculture cet incubateur pour apporter des réponses concrètes aux défis agricoles et alimentaires. Ensemble, nous avons accompagné des porteurs de projets qui placent l’impact, la durabilité et l’innovation au cœur de leur action. Grâce au soutien de la Fondation Daniel et Nina Carasso et de CAAP Innov Eco, nous avons pu faire émerger des solutions locales à fort potentiel. Aujourd’hui, nous sommes fiers de lancer la deuxième édition. »
Alexandre de Navailles, Directeur Général de KEDGE Business School :
« En tant qu’école de management engagée et ancrée dans ses territoires, KEDGE se doit de soutenir celles et ceux qui imaginent des solutions concrètes pour répondre aux enjeux alimentaires, agricoles et sociaux de demain. L’incubateur AgriFoodTech incarne pleinement notre mission : former, accompagner et catalyser l’impact. C’est en unissant nos forces, avec nos partenaires et notre écosystème, que nous pouvons faire émerger une économie plus durable et inclusive. »


